Dans un pays riche en ressources sous-sol, mais où l’exploitation minière reste marginale et largement informelle, le Tchad écrit une nouvelle page de sa stratégie économique. Sous la direction du Général Abdelkérim Charfadine Bèguera, Directeur général de la Société Nationale d’Exploitation Minière et de Contrôle (SONEMIC), le secteur minier, longtemps éclipsé par le pétrole, amorce une réforme axée sur la gouvernance, la transparence et l’institutionnalisation.
Un secteur riche mais opaque
Alors que les données géologiques confirment des gisements commercialement exploitables de l’or, du calcaire, de l’uranium et d’autres minéraux stratégiques, le secteur minier non pétrolier contribue encore de façon marginale au Produit intérieur brut (PIB), autour de 1 à 2 % seulement selon les dernières estimations publiques. Le nombre d’emplois formels n’excède guère 3 % de ceux qui disent travailler dans le secteur. Cette invisibilité économique n’est pas due à une absence de ressources mais bien à une faible structuration institutionnelle et à un défaut de gouvernance.
Une grande partie de l’activité reste informelle : plus de 90 % de l’or extrait échappe au circuit officiel, échappant à la fiscalité et aux régulations, tandis que l’artisanat minier emploie des centaines de milliers de personnes dont l’activité n’est que partiellement documentée.
Renforcer les institutions plutôt que produire à tout prix
Face à ce constat, la réforme menée par le Général Charfadine renverse le paradigme traditionnel axé sur l’expansion immédiate de la production. Sa stratégie priorise d’abord la consolidation des institutions, la certification des minerais, la modernisation des capacités d’analyse et la fiabilité des données géologiques.
La modernisation des laboratoires et l’installation de capacités accrues d’analyse sont au cœur de cette démarche : sans certification de pureté et traçabilité des ressources, les exportations restent vulnérables aux sous-facturations et aux pertes de recettes. Cette approche s’inscrit dans les standards régionaux de gouvernance soutenus par la Banque africaine de développement et l’Union africaine.
La constitution de bases géologiques fiables, accessibles publiquement, vise à attirer davantage d’investisseurs pour des explorations plus structurées, un élément essentiel à l’attractivité d’un secteur encore hésitant.
Vers une transformation locale des ressources
Autre volet de cette réforme : le lancement d’un projet de raffinerie d’or sur le sol tchadien. Historiquement exporté à l’état brut, l’or tchadien voyait une grande partie de sa valeur ajoutée captée à l’extérieur. Avec une capacité de transformation locale, même modeste au départ, le pays espère améliorer sa négociation sur les marchés internationaux, créer des emplois techniques et consolider la chaîne de valeur minière.
Cependant, les défis restent nombreux. Le Tchad souffre d’un faible accès à l’électricité, d’infrastructures de transport insuffisantes vers les zones minières et de risques sécuritaires persistants dans les régions périphériques. Ces contraintes limitent la vitesse des transformations industrielles, malgré une volonté politique affirmée.
Un leadership salué, mais des résultats à confirmer
En reconnaissance de ces efforts, le Général Charfadine est pressenti pour recevoir en février 2026 le Special Africa Leadership Impact Award, ainsi qu’une commendation du Congrès des États-Unis (Caroline du Sud), lors des African Persons of the Year Awards à Accra, Ghana. L’honneur souligne son rôle dans la réforme de la gouvernance minière, la transparence réglementaire et la construction de capacités institutionnelles.
Pour autant, les experts rappellent que le véritable impact ne se mesurera pas seulement en diplômes ou reconnaissances, mais dans la transformation structurelle de l’économie minière tchadienne, aujourd’hui encore fragile et dominée par l’informel.
L’agenda de réforme du secteur minier au Tchad, tel que conduit par la SONEMIC, dessine une voie où la gouvernance et la structuration institutionnelle sont considérées comme des préalables indispensables à une exploitation responsable et bénéfique des richesses du sous-sol tchadien.




