La défense du Dr Succès Masra est sortie de son silence vendredi à Dakar. Dans une déclaration solennelle, Maître Saïd Larifou, avocat à la Cour, inscrit au Barreau de Moroni et diplômé de l’Université Panthéon-Paris-Sorbonne, a demandé la libération immédiate de l’ancien Premier ministre tchadien et président du parti Les Transformateurs, actuellement incarcéré. Une prise de position qui relance avec vigueur le débat autour d’un dossier judiciaire et politique au cœur de nombreuses controverses.
Cette déclaration intervient alors que plusieurs voix, au Tchad comme à l’international, dénoncent la détention du Dr Succès Masra, considéré comme l’une des principales figures de l’opposition au régime du président Mahamat Idriss Déby Itno. Organisations de la société civile, acteurs politiques et ONG de défense des droits humains multiplient les interpellations, évoquant une affaire à forte connotation politique.
Une condamnation au centre des critiques
Le 9 août 2025, le Dr Succès Masra a été condamné à vingt ans de prison ferme pour « diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre » dans le cadre de l’affaire dite de Mandakao. Une décision que la défense qualifie d’irrégulière et de profondément politique. Pour Me Saïd Larifou, ce procès viserait avant tout à écarter durablement un adversaire politique majeur de la scène nationale.
Au-delà de la lourde peine d’emprisonnement, la condamnation entraîne une dégradation civique privant l’ancien Premier ministre de ses droits politiques. Une situation qui le rend inéligible aux prochaines échéances électorales, notamment l’élection présidentielle de 2029, renforçant ainsi, selon ses avocats, le caractère politique de la décision judiciaire.
Des motifs médicaux et humanitaires invoqués
La demande de libération repose également sur des arguments médicaux et humanitaires jugés urgents par la défense. Selon des rapports médicaux transmis aux avocats, l’état de santé du Dr Succès Masra serait préoccupant. Il souffrirait d’une pathologie respiratoire nécessitant un suivi spécialisé, voire une évacuation sanitaire.
Maître Saïd Larifou estime que les conditions actuelles de détention ne garantissent pas un accès adéquat aux soins, rappelant que le respect des droits humains fondamentaux impose de placer la vie et la santé d’un détenu au-dessus de toute autre considération. Malgré les assurances et contre-expertises évoquées par les autorités, la défense affirme que le risque sanitaire demeure réel.
Un enjeu politique pour l’apaisement national
Au-delà du volet judiciaire et humanitaire, l’avocat inscrit sa plaidoirie dans une perspective plus large : celle de la réconciliation nationale. Dans un contexte politique et social tendu, Me Saïd Larifou considère que le Tchad a besoin d’un dialogue inclusif réunissant toutes les forces vives du pays.
Le Dr Succès Masra est présenté comme un acteur incontournable de ce processus. Figure politique influente, il est décrit par sa défense comme un partisan constant du dialogue, de la tolérance et de la paix, y compris après son passage à la Primature et lors de sa participation à la dernière élection présidentielle.
Pour l’avocat, maintenir en détention un leader politique dont le procès est largement contesté constitue un obstacle majeur à la restauration de la confiance entre le pouvoir et l’opposition, condition essentielle à la stabilité du pays.
Un appel aux autorités tchadiennes
En conclusion de sa déclaration, Maître Saïd Larifou a lancé un appel solennel aux autorités tchadiennes, les exhortant à faire preuve de clairvoyance et de responsabilité. Selon lui, la libération immédiate du Dr Succès Masra serait un signal politique fort, tant pour l’opinion nationale que pour la communauté internationale.
Alors que la pression continue de s’intensifier autour de ce dossier sensible, l’affaire Masra s’impose désormais comme un test majeur pour l’État de droit, la cohésion nationale et la crédibilité du processus politique au Tchad.




