Le Directeur de Publication du média en ligne Nouvelles.td, Moussa Nguedmbaye, a quitté libre le commissariat central n°2 ce lundi après plusieurs heures d’audition dans le cadre d’une enquête pour diffamation. Convoqué à la suite d’une plainte déposée contre lui par le CSP 17, le journaliste a été entendu par les services d’investigation avant d’être relâché, tandis que les autorités précisent que la procédure se poursuit et que l’enquête suit toujours son cours.
Sa convocation a rapidement suscité de vives réactions au sein de la corporation journalistique. Dans des communiqués de presse publiés hier, plusieurs organisations professionnelles des médias ont exprimé leur inquiétude face à ce qu’elles considèrent comme une nouvelle illustration des pressions judiciaires exercées sur les journalistes tchadiens. Tout en rappelant leur attachement au respect des lois, ces organisations dénoncent une tendance récurrente à recourir aux plaintes pour diffamation et aux convocations policières dans le traitement de contenus médiatiques relevant de l’intérêt public.
Les organisations de presse estiment que si la responsabilité journalistique doit être assumée, le recours systématique aux procédures pénales contribue à instaurer un climat de peur et d’autocensure au sein des rédactions. Elles appellent les autorités à privilégier les mécanismes d’autorégulation, le droit de réponse et les instances de régulation compétentes plutôt que les services d’enquête, afin de préserver un espace médiatique libre et professionnel.
Ces prises de position s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par des tensions persistantes entre les médias et les autorités depuis l’accession au pouvoir, en avril 2021, du président Mahamat Idriss Déby Itno. La période post-transition, jalonnée de réformes politiques, de manifestations et de débats institutionnels, a placé les journalistes en première ligne de la couverture de sujets sensibles, souvent au prix de pressions judiciaires ou administratives.
Depuis 2021, plusieurs cas d’interpellations, de convocations et de poursuites visant des journalistes et responsables de médias ont été signalés par les organisations nationales et internationales de défense de la liberté de la presse. Si les autorités affirment agir dans le cadre légal pour préserver l’ordre public et lutter contre les abus, les professionnels des médias dénoncent une application restrictive des textes, notamment en matière de diffamation.
Malgré l’existence d’un cadre juridique garantissant la liberté de la presse au Tchad, les acteurs du secteur pointent des difficultés structurelles persistantes : accès limité à l’information publique, précarité économique des médias, pressions politiques et risques judiciaires. Autant de facteurs qui fragilisent l’exercice du journalisme indépendant dans un pays en quête de consolidation démocratique.
À travers leurs récents communiqués, les organisations de presse appellent à un apaisement durable des relations entre les médias et l’État. Elles plaident pour des réformes visant la dépénalisation des délits de presse, le renforcement des organes de régulation indépendants et l’ouverture d’un dialogue franc avec les autorités. Pour elles, la protection des journalistes demeure un enjeu central pour garantir le droit des citoyens à une information libre, pluraliste et crédible.



