L’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) a rendu publics, ce lundi 3 novembre 2025, les résultats de son 15ᵉ audit national sur la qualité de service des opérateurs de téléphonie mobile. La cérémonie de restitution s’est tenue en présence du ministre des Télécommunications, de l’Économie Numérique et de la Digitalisation de l’Administration, Dr Boukar Michel, du président du conseil d’administration de l’ARCEP, Dr Timan Erdimi, ainsi que des représentants des deux opérateurs, Airtel Tchad et Moov Africa Tchad, et de plusieurs acteurs du secteur.
Menée du 15 septembre au 17 octobre 2025, cette vaste campagne de collecte et d’analyse de données visait à évaluer la performance réelle des opérateurs sur l’ensemble du territoire national. L’audit, conduit par les techniciens de l’ARCEP avec l’appui du cabinet international Directique, a consisté à inspecter les infrastructures, à mesurer la couverture réseau (2G, 3G, 4G), la qualité des appels, des SMS et de l’accès à Internet. Les équipes ont parcouru plus de 10 000 kilomètres, couvrant 77 villes et réalisant 563 points de mesure, à la fois statiques et dynamiques.

Des constats préoccupants sur l’état des réseaux
Les résultats de cette campagne dressent un tableau préoccupant de la situation des télécommunications au Tchad. Selon l’ARCEP, la plupart des équipements techniques des deux opérateurs présentent des défaillances majeures, avec des problèmes de maintenance, de gestion énergétique et même des sites totalement hors service dans certaines régions.
Le directeur général de l’ARCEP, Haliki Choua Mahamat, a souligné que cet audit, par son ampleur, est le premier à avoir couvert l’ensemble du territoire national. Il a déclaré que « des irrégularités sont constatées partout et la qualité des services est loin de répondre aux exigences réglementaires ». Pour lui, la publication des résultats répond à un impératif de redevabilité publique, précisant que « les conclusions ne dormiront plus dans les bureaux comme par le passé, mais seront désormais portées à la connaissance du public ».
Le responsable a également interpellé les opérateurs de téléphonie mobile, estimant que « le Tchad ne peut aspirer au leadership numérique régional avec un réseau qui ne suit pas la cadence ».
Moov Africa en tête, Airtel à la traîne
Présentant les conclusions techniques de l’audit, le cabinet Directique a indiqué que Moov Africa Tchad se démarque par de meilleures performances globales, même si des améliorations restent nécessaires. L’opérateur obtient une note de 123,86/200, tandis que Airtel Tchad n’atteint que 98,35/200, soit moins de la moitié des exigences fixées.
Ces résultats traduisent des écarts significatifs dans la qualité de service, notamment en matière de stabilité du signal, de rapidité d’accès à Internet et de continuité des appels. Directique a formulé plusieurs recommandations pour renforcer la couverture réseau et améliorer la fiabilité des infrastructures des deux opérateurs.
Des attentes fortes pour un redressement du secteur
Malgré son avance, Moov Africa n’échappe pas aux critiques. L’ARCEP souligne que même le meilleur opérateur reste en deçà des standards internationaux. Des efforts soutenus sont exigés pour renforcer les équipements et garantir un service conforme aux engagements contractuels.
Cet audit intervient dans un contexte où les consommateurs tchadiens expriment régulièrement leur mécontentement face à la dégradation des services mobiles. Difficultés à passer des appels, lenteur de connexion, coupures fréquentes : autant de problèmes récurrents qui entravent le développement du numérique dans le pays.
Avec cette publication, l’ARCEP entend instaurer une nouvelle ère de transparence et de responsabilité dans la régulation du secteur. L’institution promet de suivre de près la mise en œuvre des recommandations et d’évaluer, dans les mois à venir, les progrès réalisés par chaque opérateur.
En conclusion, ce 15ᵉ audit marque un tournant majeur dans la gouvernance des télécommunications au Tchad. Il met en lumière les insuffisances structurelles d’un secteur stratégique pour le développement économique et social du pays, tout en rappelant l’urgence de bâtir un réseau à la hauteur des ambitions numériques nationales.



