Tchad : la peur des injections chez les personnes âgées

Au Tchad, la peur des injections demeure un phénomène largement répandu parmi les personnes âgées, au point d’influencer leur rapport au système de santé et parfois même leur adhésion aux soins. Dans les centres de santé communautaires comme dans les hôpitaux régionaux, de nombreux soignants rapportent que les seniors manifestent une appréhension persistante dès qu’il s’agit d’une piqûre, qu’elle soit destinée à un vaccin, un traitement curatif ou une simple prise de sang. Cette crainte, souvent minimisée, constitue pourtant un frein réel à la prise en charge sanitaire d’une frange vulnérable de la population.

Les acteurs de santé expliquent que cette peur résulte en grande partie de traumatismes anciens liés à des pratiques médicales autrefois rudimentaires. Beaucoup de personnes âgées racontent avoir grandi à une époque où les injections étaient souvent douloureuses, administrées avec des aiguilles réutilisées ou dans des conditions d’asepsie approximatives. Plusieurs affirment également avoir été marqués par les campagnes sanitaires des décennies passées, vécues comme brutales, avec peu d’explications et parfois une forte pression sociale. Ces souvenirs continuent d’influencer leur confiance envers le personnel soignant actuel, malgré les progrès techniques réalisés.

Dans certains quartiers de N’Djamena comme dans les villages reculés du Mayo-Kebbi, du Logone ou du Batha, des infirmiers reconnaissent adopter des approches plus pédagogiques pour rassurer les personnes âgées. Ils expliquent davantage le geste, présentent les matériels utilisés et tentent de déstresser les patients avant l’acte. Certains affirment que quelques minutes de discussion suffisent parfois à réduire la tension, mais d’autres reconnaissent que la peur demeure tenace, presque culturelle. Elle est souvent alimentée par des rumeurs autour des effets secondaires, des témoignages exagérés ou l’incompréhension du but réel de l’injection.

Cette situation a des conséquences directes sur la santé publique. Des agents vaccinateurs signalent que des personnes âgées refusent encore des doses de rappel de vaccins essentiels, notamment contre le tétanos, la grippe saisonnière ou la COVID-19, par simple appréhension de la piqûre. Dans certains cas, des patients souffrant de maladies chroniques repoussent leurs injections d’insuline ou interrompent un traitement injectable prescrit par leur médecin. Des médecins indiquent que ces refus interviennent même lorsque la vie du patient peut dépendre d’une prise en charge rapide et régulière.

Face à ce défi, plusieurs structures de santé et ONG locales développent des stratégies de sensibilisation ciblées. Certaines mènent des causeries éducatives au sein des quartiers afin d’expliquer que les injections sont aujourd’hui plus sûres, moins douloureuses et administrées avec du matériel à usage unique. D’autres misent sur l’implication des familles pour encourager leurs aînés à accepter les soins indispensables. Dans quelques localités, les leaders traditionnels ou religieux jouent un rôle clé : leur parole, perçue comme apaisante et légitime, peut réduire l’inquiétude et renforcer l’adhésion aux actions de santé.

Le ministère de la Santé publique et de la Prévention souligne de son côté que la qualité des soins a nettement progressé. Les campagnes de vaccination récentes, menées avec des équipes formées à l’approche communautaire, ont permis d’observer une meilleure réceptivité. Toutefois, les autorités reconnaissent que la peur des injections chez les personnes âgées demeure un défi culturel qu’il faut traiter avec patience et pédagogie. Elles insistent également sur la nécessité de renforcer la formation des agents de santé sur la communication avec le public vulnérable, afin de réduire la défiance et améliorer la couverture sanitaire.

Au-delà de l’acte médical, la crainte des injections révèle surtout un rapport complexe à la médecine modernisée. Elle montre l’importance de l’écoute, de l’explication et du respect des appréhensions des personnes âgées. Dans un pays où la transition sanitaire évolue rapidement, prendre en compte ces craintes et y apporter des réponses adaptées reste essentiel pour renforcer la confiance et garantir l’accès équitable aux soins.

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