Tchad : Autour du fleuve Chari, entre survie quotidienne et urgence environnementale

À N’Djamena, le fleuve Chari ne se contente pas de traverser la capitale tchadienne. Il en est l’un des poumons invisibles, un espace de vie, de travail et de survie pour des milliers de personnes. Chaque jour, sur ses berges, une activité intense s’organise, mêlant pêche artisanale, lessive, transport et petits commerces. Mais derrière cette effervescence se cache une réalité plus préoccupante : la dégradation progressive de cet écosystème vital.


Dès les premières lueurs du jour, les pirogues glissent sur les eaux du Chari. Les pêcheurs, filets à la main, s’activent dans l’espoir d’une bonne prise. Pour beaucoup, cette activité représente la seule source de revenus. L’un d’eux explique qu’il vient ici tous les matins, parfois sans garantie de rentrer avec du poisson, mais qu’il n’a pas d’autre alternative pour nourrir sa famille. Cette incertitude permanente rythme leur quotidien, entre espoir et résignation.


Sur les rives, d’autres scènes se déroulent en parallèle. Des femmes, bassines à la main, s’alignent le long du fleuve pour faire la lessive. Dans un geste répétitif, elles battent le linge contre les pierres, profitant de cette eau accessible et gratuite. Pour certaines, c’est une activité domestique ; pour d’autres, un véritable métier. L’une d’elles confie qu’elle lave les habits pour des clients afin de subvenir aux besoins de ses enfants, faute d’emploi stable.


Le fleuve est également un axe de transport essentiel. Des piroguiers assurent la traversée de passagers et de marchandises d’une rive à l’autre. Dans une ville où les infrastructures restent limitées, ce mode de déplacement s’impose comme une solution pratique et économique. Un transporteur raconte qu’il effectue plusieurs rotations par jour, transportant aussi bien des personnes que des sacs de marchandises destinées aux marchés de la capitale.


Mais cette dépendance quotidienne au fleuve Chari n’est pas sans conséquences. Les signes de dégradation sont visibles. Déchets plastiques, eaux usées, activités humaines non contrôlées… le fleuve subit une pression croissante. Par endroits, l’eau perd de sa clarté, et les berges sont envahies par les détritus.


Certains pêcheurs reconnaissent que les prises se font de plus en plus rares. Ils évoquent une baisse notable de la quantité de poisson, qu’ils attribuent à la pollution et à la surexploitation. Cette situation fragilise davantage des populations déjà vulnérables.
Malgré cela, peu d’alternatives existent. Les habitants continuent d’utiliser le fleuve, faute de solutions viables. Entre nécessité économique et conscience des risques, un équilibre précaire s’installe.


Le fleuve Chari apparaît ainsi comme un paradoxe vivant : à la fois source de vie et victime de l’activité humaine. Il fait vivre des milliers de N’Djamenois, tout en subissant les conséquences de cette dépendance.


Aujourd’hui, la question se pose avec urgence : comment préserver ce fleuve essentiel tout en continuant à répondre aux besoins des populations qui en dépendent ? Entre survie quotidienne et défi environnemental, l’avenir du Chari reste incertain.

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