Alors que la crise géopolitique née de l’intervention militaire américaine au Venezuela continue de faire couler beaucoup d’encre à travers le monde, le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni a profité de l’attention internationale portée à cette opération et notamment à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro pour adresser un avertissement solennel aux dirigeants africains. Selon lui, le continent africain reste fortement exposé aux ingérences militaires étrangères et doit repenser urgemment ses stratégies de sécurité collective.
Le 3 janvier dernier, les forces armées des États-Unis ont mené une opération controversée au Venezuela, durant laquelle le président Nicolás Maduro a été capturé et conduit aux États-Unis. Cette offensive, dénoncée par plusieurs gouvernements comme une violation flagrante de la souveraineté nationale, a suscité des réactions vives sur les scènes diplomatique et médiatique mondiale.
Un avertissement à l’Afrique
Dans ses récents propos, tenus lors d’une rencontre avec des journalistes à Kampala, Museveni a souligné que l’intervention américaine illustre l’ampleur des risques encourus par les États faibles face aux puissances extérieures. Il a noté que les forces américaines opèrent à partir de « quatre dimensions » : mer, air, espace et désormais terre, ce qui confère aux grandes puissances des avantages stratégiques difficilement contestables par des États aux capacités militaires limitées.
Même s’il reconnaît la supériorité technologique écrasante des États-Unis, notamment dans les airs et sur les océans, Museveni a affirmé que, dans un affrontement terrestre rapproché, des forces locales y compris celles de pays africains pourraient infliger des pertes significatives à une armée étrangère.
Cette déclaration, utilisée pour souligner la nécessité pour l’Afrique de renforcer sa capacité de défense, a suscité des réactions contrastées parmi les analystes. Pour certains experts, elle relève d’un discours de mise en garde stratégique plutôt que d’une déclaration d’intention militaire.
Afrique vulnérable et fragmentation de la défense
Le président ougandais, qui préside actuellement le Mouvement des non-alignés, a aussi rappelé que le manque d’unité et de coordination entre les États africains affaiblit la capacité du continent à faire face à des menaces extérieures. Selon lui, l’absence d’une politique de défense intégrée laisse les pays africains exposés à des pressions diplomatiques et militaires qui pourraient compromettre leur souveraineté. Cette mise en garde intervient dans un contexte où plusieurs voix au sein de l’Union africaine et de la communauté internationale dénoncent l’opération américaine comme une atteinte grave au droit international et à la souveraineté des États, soulevant des inquiétudes quant à la légitimité et aux conséquences d’un tel précédent.
Quelles implications pour l’Afrique ?
La déclaration de Museveni est devenue un appel à repenser les priorités en matière de sécurité et de défense sur le continent : renforcer les capacités militaires locales, développer des mécanismes d’intégration régionale, et faire revivre l’esprit d’indépendance politique et stratégique qui a animé les mouvements de libération africains au XXᵉ siècle.
Pour lui, l’affaire vénézuélienne est bien plus qu’un événement lointain : c’est une sonnette d’alarme pour toute l’Afrique. Alors que le monde observe les retombées diplomatiques et juridiques de l’intervention au Venezuela, les propos du président ougandais relancent le débat sur l’autonomie stratégique de l’Afrique dans un ordre international de plus en plus complexe et conflictuel.


