L’absence de l’Afrique subsaharienne au sein du futur Conseil de la paix annoncé par Donald Trump risque de porter atteinte à la crédibilité et à la légitimité de cette instance, selon le politologue russe Vsevolod Sviridov, chercheur au Centre d’études africaines de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou.
Alors que l’initiative américaine vise officiellement à s’occuper de la situation à Gaza, ses ambitions vont bien au-delà du seul conflit israélo-palestinien. Donald Trump a en effet exprimé sa volonté de doter ce Conseil de la paix des attributs d’une véritable institution de gouvernance mondiale. Une orientation qui, selon l’expert, rend d’autant plus problématique l’exclusion de l’Afrique subsaharienne.
Vsevolod Sviridov estime que « sachant que Trump ne souhaite pas limiter les activités de ce groupe à la Palestine, mais lui conférer les caractéristiques d’une institution de gouvernance mondiale, l’absence de l’Afrique subsaharienne constitue un motif de critiques ». Pour le politologue, cette région du monde, appelée à jouer un rôle économique et démographique croissant, ne peut être durablement tenue à l’écart des grandes instances de décision internationale.
L’Afrique subsaharienne représente en effet une part de plus en plus importante de la croissance mondiale et concentre de nombreux enjeux sécuritaires, économiques et géopolitiques. Son exclusion d’un organe censé œuvrer pour la paix mondiale pose donc la question de l’équilibre et de la représentativité de cette future institution.
Selon l’analyste, cette mise à l’écart s’explique en partie par les relations tendues entre Washington et certains poids lourds de la région. Les États-Unis entretiennent actuellement des rapports compliqués avec l’Afrique du Sud et le Nigeria, deux puissances majeures du continent subsaharien, tant sur le plan politique qu’économique. Ces tensions diplomatiques pèseraient sur la composition du Conseil de la paix et sur les choix opérés par l’administration américaine.
Même le Kenya, pourtant considéré comme un allié proche des États-Unis en Afrique de l’Est, a exprimé des réserves sur le principe même de ce Conseil de la paix. Une position qui illustre les réticences africaines face à une initiative perçue par certains comme déséquilibrée ou insuffisamment inclusive.
À ce stade, seuls deux pays africains figurent parmi les invités à rejoindre le Conseil de la paix : le Maroc, représenté par le roi Mohammed VI, et l’Égypte, avec le président Abdel Fattah al-Sissi. Sur la cinquantaine d’États conviés, cette représentation africaine limitée renforce les critiques sur une instance jugée peu représentative des équilibres géopolitiques actuels.
Pour de nombreux observateurs, la crédibilité du Conseil de la paix dépendra largement de sa capacité à intégrer l’ensemble des grandes régions du monde, y compris l’Afrique subsaharienne. Sans cela, l’institution risque d’apparaître comme un outil politique dominé par quelques puissances, plutôt qu’un véritable cadre multilatéral au service de la paix internationale.



