La Türkiye franchit une nouvelle étape stratégique dans sa conquête de l’espace. Ankara se prépare à établir sa propre installation de lancement en construisant un site spatial en Somalie, avec l’ambition d’accéder de manière indépendante à l’orbite et de s’imposer comme une passerelle alternative vers l’espace sur la scène internationale.
Ce projet s’inscrit dans le cadre du Programme spatial national turc, qui a donné son feu vert à la construction de cette infrastructure clé. L’annonce a été faite par le président Recep Tayyip Erdogan, avant d’être précisée par le ministre de l’Industrie et de la Technologie, Fatih Kacir, qui a souligné la portée stratégique et industrielle de cette initiative.
Selon l’astrophysicien Umut Yildiz, interrogé par l’agence Anadolu, le choix de la Somalie répond à des considérations scientifiques et techniques déterminantes. La proximité de l’équateur constitue un atout majeur pour les lancements spatiaux. « La vitesse de rotation de la Terre y est la plus élevée, ce qui permet aux fusées de bénéficier d’une poussée supplémentaire et de consommer moins de carburant pour placer des charges lourdes en orbite », explique-t-il, rappelant que l’Agence spatiale européenne (ESA) exploite pour les mêmes raisons le centre spatial de Kourou, en Guyane française.
Au-delà de l’efficacité énergétique, les impératifs de sécurité ont également pesé dans la décision. Les lancements se font généralement en direction de la mer afin de réduire les risques pour les zones habitées. « La configuration géopolitique autour de la Türkiye rendrait des lancements réguliers sensibles pour les pays voisins », note Yildiz. Malgré les inquiétudes liées à la sécurité en Somalie, la présence d’une base militaire turque dans le pays est présentée comme un facteur de stabilisation.
La Somalie offre par ailleurs des conditions météorologiques favorables permettant des lancements tout au long de l’année, ainsi qu’une faible densité du trafic aérien et maritime, des éléments essentiels pour une activité spatiale soutenue.
Placée sous la coordination du ministère turc de l’Industrie et de la Technologie, avec l’appui de l’Agence spatiale turque (TUA) et d’autres institutions nationales, l’infrastructure permettra à la Türkiye de rejoindre le cercle restreint des pays disposant de capacités indépendantes de lancement de satellites. Ankara prévoit également de développer des véhicules spatiaux indigènes afin de garantir sa souveraineté dans les technologies critiques.
Dans une première phase, les satellites turcs seront lancés en orbite terrestre basse et en orbite géosynchrone. À terme, le centre de lancement sera ouvert à un usage commercial, au bénéfice du secteur privé national et de clients internationaux, générant ainsi des retombées économiques significatives. Le projet est également présenté comme un levier de développement pour la Somalie, appelée à bénéficier des investissements et des infrastructures associées.
En misant sur la production locale des infrastructures, sous-systèmes et équipements, des moteurs de fusée aux systèmes de propulsion, en passant par l’avionique et les matériaux de haute technologie, la Türkiye entend bâtir un écosystème spatial industriel durable et compétitif. Une stratégie qui vise à réduire sa dépendance extérieure et à asseoir durablement sa place parmi les puissances émergentes de l’espace.


