L’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA) pourrait profondément bouleverser le marché de l’emploi dans le secteur bancaire européen. Selon une projection du cabinet Morgan Stanley, près de 200 000 emplois pourraient disparaître d’ici 2030, soit environ 10 % des effectifs actuels des banques en Europe.
Cette perspective s’inscrit dans une dynamique déjà à l’œuvre. Depuis plusieurs années, les établissements bancaires investissent massivement dans l’automatisation et les technologies numériques afin de réduire leurs coûts opérationnels, d’améliorer la rapidité des services et de rester compétitifs face aux banques en ligne et aux fintechs. L’IA, capable de traiter des volumes considérables de données et d’exécuter des tâches répétitives avec une grande précision, accélère encore cette transformation.
Les emplois les plus exposés seraient ceux liés aux fonctions administratives, au traitement des opérations courantes, à la gestion de la relation client standardisée ou encore à certaines activités de back-office. Des outils basés sur l’IA sont déjà utilisés pour automatiser l’analyse des dossiers de crédit, la détection des fraudes, le traitement des paiements ou encore les réponses aux clients via des chatbots.
Toutefois, cette mutation ne signifie pas nécessairement une disparition totale de l’emploi bancaire. Morgan Stanley souligne que si certains postes sont menacés, de nouveaux métiers pourraient émerger, notamment dans les domaines de la cybersécurité, de l’analyse de données, de la conformité réglementaire ou de la supervision des systèmes d’intelligence artificielle. La question centrale reste celle de la reconversion professionnelle et de l’adaptation des compétences des salariés.
Les syndicats et les représentants des travailleurs appellent déjà à une anticipation sociale de cette transition, avec des programmes de formation adaptés et un dialogue renforcé entre employeurs, salariés et pouvoirs publics. Sans accompagnement, la transformation numérique pourrait accentuer les tensions sociales dans un secteur déjà marqué par plusieurs vagues de restructurations ces dernières années.
À l’horizon 2030, l’intelligence artificielle apparaît ainsi comme un levier de compétitivité majeur pour les banques européennes, mais aussi comme un défi social de grande ampleur, posant la question de l’équilibre entre innovation technologique, performance économique et préservation de l’emploi.




