La condamnation, le 02 février 2026, de l’enseignant et leader syndical Djimoudouel Faustin à douze mois de prison ferme est plus qu’un verdict: c’est un signal politique envoyé à tout un corps social déjà exsangue. L’État croit rétablir l’ordre; il fragilise davantage l’école. Il pense juguler la contestation; il installe la défiance. Et, ce faisant, il confond le symptôme avec la cause.
Personne ne conteste au pouvoir public le devoir de garantir la sécurité et la continuité du service. Mais dans un pays où l’école publique se débat entre classes surchargées, bâtiments lézardés, matériel absent et salaires insuffisants, criminaliser l’action syndicale revient à sanctionner ceux qui, malgré tout, tiennent la craie et le cap. On n’apaise pas une crise éducative par la prison. On ne restaure pas l’autorité en bâillonnant ceux qui réclament d’abord les conditions minimales de son exercice.
Les charges retenues, incitation à la révolte, usurpation de titre, trouble à l’ordre public, disent une chose: l’État voit dans la voix syndicale une menace. Or, dans un État de droit, le syndicalisme est un contre-pouvoir légitime, encadré par des règles, certes, mais indispensable pour canaliser les tensions sociales. Les standards internationaux conventionnels et déontologiques rappellent que la liberté d’association, de réunion pacifique et d’expression des revendications professionnelles n’est pas un luxe: c’est une soupape. La fermer, c’est prendre le risque d’explosions ailleurs.S’il y a eu des excès, ils doivent être instruits avec rigueur, transparence et proportionnalité. La prison ferme, en l’espèce, sonne comme une peine exemplaire adressée à l’ensemble du corps enseignant. Elle aura un effet glaçant sur le dialogue social, un effet corrosif sur la confiance et, à terme, un coût élevé pour les élèves, premiers perdants d’un bras de fer stérile. Car une école où l’enseignant a peur de parler est une école où l’élève apprend à se taire.
Le gouvernement a un choix à faire. Persévérer dans la logique punitive, au risque d’installer un climat d’intimidation et d’ouvrir un cycle de grèves, de décrochage et d’exode de compétences. Ou prendre acte que cette affaire révèle un malaise profond et y répondre politiquement, pas pénalement.
Le Tchad n’a pas les moyens d’un bras de fer prolongé avec ses enseignants. Chaque jour de crispation, ce sont des milliers d’heures de cours perdues, des vocations brisées, des familles découragées. La fermeté utile, aujourd’hui, n’est pas celle des menottes, mais celle des engagements tenus: payer à temps, équiper les classes, protéger les maîtres, écouter les syndicats, exiger en retour la présence et la qualité.
Condamner un enseignant-leader, c’est croire que l’on referme un dossier. En réalité, on ouvre un contentieux plus vaste: celui de la confiance. Cette confiance ne se décrète pas; elle se construit par la prévisibilité des règles, la décence des conditions de travail et la loyauté du dialogue. L’État a le monopole de la force. Qu’il se donne, sur l’éducation, le monopole de la mesure. Car on ne sauvera pas l’école en la transformant en prétoire. On la sauvera en traitant ses professeurs comme ce qu’ils sont: la première ligne de l’avenir national.




