La dissolution des partis et formations politiques au Burkina Faso continue de susciter des réactions contrastées, aussi bien sur le plan national qu’international. Pour le politologue burkinabé Abdoulaye Nabaloum, cette décision, adoptée par le gouvernement le 29 janvier, peut toutefois être perçue comme une véritable opportunité pour repenser en profondeur le système de gouvernance du pays.
Selon l’expert, le système partisan tel qu’il a fonctionné jusque-là n’a pas permis d’aboutir à une gouvernance réellement au service des populations. Il estime que « ce système ne permettait pas aux masses de pouvoir s’exprimer, mais permettait plutôt à une minorité d’accéder à des postes de décision importants ». À ses yeux, cette réalité se reflète clairement dans les faibles taux de participation observés lors de nombreuses élections sur le continent africain. « Quand vous regardez les chefs d’État élus en Afrique et que vous regardez les taux de participation aux élections, il y a un déphasage », souligne-t-il, mettant en cause la légitimité populaire de certains processus électoraux.
Pour Abdoulaye Nabaloum, la crise du système politique ne se limite pas à la question de la représentativité. Elle est également liée à la gestion des ressources publiques, notamment au niveau local. Il explique que le système électoral, combiné à la décentralisation, a parfois ouvert la voie à de graves dérives financières. « Certaines personnes ont vu cela comme une opportunité pour braquer les mairies, avec pléthore de conseillers », affirme-t-il, dénonçant une gouvernance locale souvent marquée par le clientélisme et la mauvaise gestion.
Le politologue va plus loin en s’interrogeant sur l’utilité réelle de certains organes élus. « Si vous regardez le nombre de conseillers, vous vous demandez par moment s’ils sont là pour travailler ou pour se remplir les poches », lance-t-il, pointant du doigt un système jugé coûteux et peu efficace, loin des attentes des citoyens.
C’est dans ce contexte que le gouvernement burkinabè a adopté, le 29 janvier, un décret portant dissolution des partis et formations politiques. Une décision forte, qui s’inscrit dans la dynamique de refondation prônée par les autorités de la transition, avec pour objectif affiché de rompre avec les pratiques politiques jugées responsables de la crise de gouvernance.
Pour Abdoulaye Nabaloum, cette mesure pourrait ouvrir la voie à une nouvelle architecture politique, davantage axée sur la participation populaire et la responsabilité des dirigeants. Il estime que la remise en cause du système partisan traditionnel offre l’occasion de repenser les mécanismes de représentation, afin de rapprocher réellement les centres de décision des préoccupations des populations.
Reste toutefois la question de l’après-dissolution : comment organiser la participation politique, garantir les libertés fondamentales et construire un modèle de gouvernance inclusif et durable ? Si les autorités parlent de refondation, de nombreux observateurs appellent à la prudence et soulignent la nécessité d’un cadre clair pour éviter toute dérive autoritaire.
En attendant, le débat est lancé au Burkina Faso, où la dissolution des partis politiques apparaît, pour certains, comme une rupture nécessaire avec un système à bout de souffle, et pour d’autres, comme un pari risqué pour l’avenir démocratique du pays.




