Première productrice d’uranium du continent africain et troisième au monde, la Namibie souhaite désormais franchir une nouvelle étape stratégique : produire sa propre électricité nucléaire. L’annonce a été faite par Kaire Mbuende, chef de la Commission nationale de planification, lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos, en Suisse.
Devant les décideurs et investisseurs internationaux réunis dans la station alpine, le haut responsable namibien a estimé que son pays ne pouvait plus se contenter d’exporter une ressource stratégique sans en tirer un bénéfice énergétique direct. « En tant que pays premier producteur d’uranium en Afrique et troisième au monde, nous ne pouvons ignorer la perspective de produire de l’énergie nucléaire, d’autant plus que nos matières premières alimentent des centrales nucléaires dans le monde entier », a-t-il déclaré.
Cette réflexion s’inscrit dans une vision de long terme déjà formalisée par les autorités. Kaire Mbuende a rappelé que la Namibie s’est dotée d’une stratégie nationale couvrant l’ensemble de la chaîne du secteur nucléaire, depuis l’extraction jusqu’aux usages civils. Dans ce cadre, la production d’électricité nucléaire est désormais considérée comme une « option sérieuse », au même titre que les autres sources d’énergie du pays.
Le contexte énergétique national renforce cette orientation. Aujourd’hui, la Namibie dépend fortement de l’extérieur pour satisfaire ses besoins. Le pays importe environ 60 % de son électricité d’Afrique du Sud, une situation jugée préoccupante alors même que moins de 60 % de la population namibienne a accès à l’électricité. Cette dépendance structurelle pèse sur le développement économique et accentue les inégalités territoriales, notamment en zones rurales.
Jusqu’à présent, la production nationale repose essentiellement sur l’hydroélectricité et l’énergie solaire. Toutefois, ces sources renouvelables sont de plus en plus fragilisées par les effets du changement climatique. Les sécheresses récurrentes, de plus en plus sévères, réduisent le rendement des barrages hydroélectriques et compliquent la planification énergétique. Dans ce contexte, le nucléaire apparaît pour les autorités comme une solution capable d’assurer une production stable et continue, indépendamment des aléas climatiques.
La dynamique diplomatique récente semble également confirmer cette orientation stratégique. La semaine dernière, lors d’une visite officielle à Moscou, la cheffe de la diplomatie namibienne, Selma Ashipala-Musavyi, s’est entretenue avec Nikolaï Spassky, haut responsable du groupe russe Rosatom. Les discussions ont porté sur les perspectives de coopération dans le domaine du nucléaire civil, en particulier autour de l’uranium, ressource clé dont dispose abondamment la Namibie.
Les deux parties ont également évoqué les préparatifs en vue de la signature d’un accord-cadre intergouvernemental, qui pourrait ouvrir la voie à une collaboration plus étroite, aussi bien sur le plan technique que réglementaire. Une telle coopération marquerait une étape décisive pour Windhoek, qui cherche à transformer son statut de fournisseur de matières premières en acteur à part entière de la chaîne de valeur énergétique.
Si le projet de production d’électricité nucléaire en Namibie reste encore à un stade exploratoire, les signaux politiques et diplomatiques se multiplient. Pour ce pays d’Afrique australe, le nucléaire civil pourrait devenir, à moyen terme, un levier majeur de souveraineté énergétique et de développement durable.




