Le Ghana resserre l’étau sur les placements financiers à l’étranger. La Commission des valeurs mobilières (Securities and Exchange Commission – SEC) a annoncé de nouvelles restrictions à l’endroit des gestionnaires de fonds, dans un contexte de fragilité macroéconomique et de volonté affichée des autorités de renforcer les réserves de change du pays.
Selon une circulaire publiée récemment, les gestionnaires de fonds ne pourront désormais pas investir plus de 20 % des actifs sous gestion en titres étrangers. Pour ceux qui bénéficiaient auparavant d’une autorisation exceptionnelle leur permettant d’orienter jusqu’à 100 % de leurs portefeuilles vers des actifs internationaux, le plafond est désormais ramené à 70 %. Cette mesure marque un tournant dans la politique de régulation financière du pays, qui cherche à contenir la sortie de capitaux et à encourager l’orientation de l’épargne vers l’économie nationale.
Un objectif ambitieux sur les réserves de change
Cette décision réglementaire s’inscrit dans une stratégie plus large dévoilée par le président ghanéen, John Dramani Mahama. Le 6 février, le chef de l’État a annoncé l’ambition d’atteindre 20 milliards de dollars de réserves de change d’ici 2029, afin de « blinder » l’économie ghanéenne contre les chocs extérieurs et les crises mondiales.
Selon le président, l’augmentation substantielle des réserves permettra au Ghana de respecter ses obligations internationales sans dépendre excessivement du financement extérieur. Elle contribuera également à stabiliser le cedi ghanéen, à protéger l’économie nationale contre la volatilité des marchés mondiaux et à renforcer la confiance des investisseurs, tant locaux qu’étrangers.
Réorienter l’épargne vers l’économie locale
En limitant les investissements à l’étranger, les autorités ghanéennes cherchent à freiner l’hémorragie de devises et à favoriser le financement de l’économie domestique. Les fonds d’investissement, qui drainent une part importante de l’épargne nationale, sont ainsi appelés à jouer un rôle plus actif dans le soutien aux entreprises locales, aux obligations souveraines et aux projets structurants.
Pour les autorités de régulation, cette réorientation des flux financiers devrait contribuer à renforcer la liquidité du marché intérieur, soutenir la monnaie nationale et réduire la vulnérabilité du pays face aux tensions financières internationales. La mesure intervient dans un contexte où plusieurs économies africaines tentent de renforcer leur souveraineté financière et de limiter leur exposition aux chocs externes.
Entre protection de l’économie et attractivité financière
Si la décision est saluée par certains analystes comme un moyen de protéger l’économie ghanéenne et de consolider ses fondamentaux, d’autres mettent en garde contre un possible effet dissuasif pour certains investisseurs, notamment ceux qui recherchent une diversification internationale plus large. Le défi pour Accra sera donc de trouver un équilibre entre la protection de ses intérêts macroéconomiques et le maintien de l’attractivité de sa place financière.
À moyen terme, la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité du Ghana à renforcer la confiance dans ses actifs domestiques, à améliorer la gouvernance financière et à créer un environnement favorable aux investissements productifs. Dans un monde marqué par l’incertitude économique et la volatilité des marchés, Accra mise clairement sur le renforcement de ses défenses internes pour mieux faire face aux tempêtes à venir.




