La Libye a procédé à une nouvelle dévaluation de sa monnaie nationale. La Banque centrale de Libye (BCL) a annoncé une baisse de près de 15% du dinar libyen, la deuxième en moins d’un an, après une première dépréciation de 13,3% intervenue en avril 2025. Une décision lourde de conséquences pour une économie déjà fragilisée par des divisions politiques profondes et des déséquilibres budgétaires croissants.
Pour justifier cette mesure, la Banque centrale évoque « une croissance insoutenable des dépenses publiques des deux gouvernements basés à l’Est et à l’Ouest du pays », soulignant l’absence de coordination budgétaire et la multiplication des engagements financiers concurrents. Dans un pays toujours divisé entre autorités rivales, la gestion des finances publiques demeure l’un des principaux points de friction.
Au-delà de cette fragmentation politique, plusieurs facteurs économiques structurels expliquent cette nouvelle dévaluation. Les recettes pétrolières, qui représentent près de 90% du budget de l’État, sont en recul, affectées par des perturbations de la production, des blocages d’installations et une instabilité sécuritaire persistante. Cette dépendance quasi exclusive aux hydrocarbures rend l’économie libyenne particulièrement vulnérable aux chocs internes et externes.
Par ailleurs, les réserves de devises du pays, estimées à environ 83 milliards de dollars, subissent une pression croissante. Le financement simultané des dépenses des deux gouvernements, l’augmentation de la masse salariale publique et le poids des subventions ont accéléré la ponction sur ces réserves, réduisant la marge de manœuvre de la Banque centrale pour défendre la valeur du dinar.
Si les autorités monétaires espèrent que cette dévaluation contribuera à rééquilibrer les finances publiques et à limiter les distorsions sur le marché des changes, ses effets immédiats risquent d’être douloureux pour la population. La hausse des prix des produits importés, dans un pays largement dépendant de l’extérieur pour son approvisionnement, pourrait accentuer l’inflation et éroder davantage le pouvoir d’achat des ménages.
Cette nouvelle baisse du dinar met une fois de plus en lumière l’urgence de réformes structurelles et, surtout, la nécessité d’un cadre politique unifié. Sans stabilité institutionnelle et discipline budgétaire, la Libye risque de voir se répéter ces ajustements monétaires, au détriment de sa relance économique et du bien-être de sa population.




