Alors que le Tchad fait face à une crise sanitaire persistante, un collectif de plus de 800 médecins tchadiens formés mais non intégrés dans la fonction publique a adressé ce 22 avril une lettre ouverte poignante au Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno.
Dans ce document au ton grave, les signataires dénoncent une situation paradoxale : le manque criant de personnel médical dans les hôpitaux alors que des centaines de médecins diplômés restent au chômage, livrés à l’attente et à l’oubli.
Un système de santé à bout de souffle
Le message est clair : « Urgence nationale ». C’est ainsi que commence cette missive qui se veut un véritable appel à l’action. Les chiffres avancés par le collectif dressent un tableau alarmant : un ratio de seulement 0,4 médecin pour 10 000 habitants — bien en deçà de la norme minimale recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (1 pour 10 000). Certaines provinces ne comptent qu’un seul médecin pour des milliers de patients, tandis que l’exode des compétences s’accélère. Plus de 400 médecins auraient quitté le service public depuis 2022.
Dans ce contexte, les auteurs de la lettre dénoncent une incohérence : « des recrutements ciblés [via le FNDS et l’ONAJES] se poursuivent, mais les médecins formés pour servir attendent depuis des années, leur diplôme jaunissant dans l’oubli ».
Une triple revendicationAu nom du peuple tchadien, le collectif formule trois principales demandes au chef de l’État :
1. L’intégration immédiate des médecins diplômés en attente.
2. La réalisation d’un audit transparent des besoins sanitaires régionaux, afin de dessiner une carte médicale équitable.
3. La concrétisation des 5 000 emplois publics promis lors du Forum de la Jeunesse, dont une part devrait revenir au secteur de la santé.
Le collectif insiste : cette démarche n’est pas une requête corporatiste mais une urgence d’intérêt national. « Nous ne réclamons pas une faveur, mais l’application du droit fondamental à la santé », peut-on lire dans le texte.
L’État face à ses responsabilités
En mettant directement en cause l’inaction des autorités, les signataires interpellent le Président sur l’image du Tchad à l’international et la crédibilité de ses institutions. « Le monde observe le Tchad », avertissent-ils, pointant du doigt le paradoxe d’un pays qui finance la formation de ses cadres médicaux mais ne les utilise pas, alors que des enfants meurent de maladies évitables.
Le collectif appelle le Président à prendre des « décisions courageuses » pour éviter d’ajouter davantage de noms à la liste des morts évitables. « Le temps n’est plus aux diagnostics, mais aux actes », concluent-ils.
Une jeunesse formée, mais oubliée
Cette tribune s’inscrit dans un contexte plus large d’inquiétude autour de l’avenir professionnel des jeunes diplômés au Tchad. En particulier dans le secteur de la santé, les attentes sont immenses, tant les besoins sont urgents. Pour de nombreux observateurs, cette lettre ouverte pourrait faire office de test pour la volonté politique des autorités de répondre efficacement aux défis du système de santé.
Reste à savoir si l’appel de ces médecins, fait au nom de la vie, trouvera enfin une oreille attentive.




