Tchad : un message virulent de Me Alain Kagonbé après le départ du ministre de la Justice

La sortie du gouvernement du désormais ex-ministre de la Justice, Youssouf Tom, continue de susciter des réactions contrastées au sein de l’opinion publique. Parmi les prises de parole les plus marquantes figure celle de Alain Kagonbé, qui lui a adressé un message au ton à la fois fraternel et acerbe, relayé sur les réseaux sociaux.

Dans ce texte au style direct, Me Kagonbé dresse un portrait sans concession de l’environnement dans lequel évoluent certains responsables publics. S’adressant à Youssouf Tom comme à un « frère », il estime que ce dernier « n’est pas fait pour cet endroit », évoquant une incompatibilité entre les valeurs personnelles de l’ancien ministre et les pratiques qu’il décrit. L’avocat oppose ainsi la loyauté, qu’il présente comme une norme imposée, à la justice, l’honnêteté et la fermeté qu’il attribue à l’ex-garde des Sceaux.

Le message dénonce un système où, selon lui, les injustices sont tolérées, les abus passés sous silence et la médiocrité encouragée. Me Kagonbé évoque notamment un climat où « on protège les criminels et on envoie les innocents en prison », tout en critiquant des pratiques de favoritisme et de gestion clanique des ressources publiques. Il décrit également une justice qu’il considère « aux ordres », dénonçant l’absence de réaction face aux arrestations arbitraires et aux détentions illégales.

Au-delà de la critique institutionnelle, le texte prend une dimension morale. L’auteur y décrit un environnement où la loyauté se traduirait par le silence, l’aveuglement et une forme de complaisance vis-à-vis des dérives. Il fustige ce qu’il perçoit comme une culture de courtisanerie, où l’on « crie que tout va bien » malgré une réalité contraire.

Dans une tonalité plus personnelle, Me Kagonbé affirme que Youssouf Tom serait « trop juste » et « trop honnête » pour évoluer dans un tel système, saluant implicitement son intégrité. Il conclut en projetant un avenir où le pays pourrait, selon lui, avoir besoin de profils comme celui de l’ancien ministre pour se reconstruire.

Cette prise de position, particulièrement critique, intervient dans un contexte où les questions de gouvernance, d’indépendance de la justice et de lutte contre l’impunité demeurent au cœur des débats au Tchad. Elle illustre également la liberté de ton croissante observée dans certains espaces d’expression, notamment numériques, où acteurs juridiques et citoyens interpellent publiquement les autorités.

Si ce message reflète avant tout une opinion personnelle, il contribue néanmoins à alimenter la réflexion sur les défis structurels du système judiciaire et, plus largement, sur les exigences de transparence et de redevabilité dans la gestion des affaires publiques.

Constant Danimbe
Constant Danimbe
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