Le quartier emblématique de Makoko, souvent surnommé « la Venise de l’Afrique », traverse l’une des plus graves crises humanitaires de son histoire récente. Plus de 300 000 personnes auraient été déplacées à la suite d’une vaste opération de démolition menée par le gouvernement de l’État de Lagos, selon des organisations locales de défense des droits des habitants.
Les destructions ont visé des habitations en bois construites sur pilotis au-dessus du lagon de Lagos, caractéristiques de ce quartier informel. À l’aide de machines lourdes, accompagnées de forces de sécurité, les autorités ont rasé des centaines de logements, laissant des milliers de familles sans abri. Les opérations auraient débuté le 23 décembre 2025, sans notification préalable aux populations concernées.
Dans un communiqué, l’Union pour les droits des habitants de Makoko affirme qu’au moins 30 000 personnes se sont retrouvées immédiatement sans logement, tandis que le nombre total de déplacés dépasserait les 300 000 habitants. L’organisation dénonce une opération menée « sans respect des procédures légales ni des droits fondamentaux des populations ».
Majoritairement pêcheurs et petits commerçants, les habitants de Makoko dépendent du lagon pour leur subsistance. Après les démolitions, aucune assistance en matière de relogement, d’alimentation ou de soins de santé n’aurait été mise en place, selon les témoignages recueillis sur place et les associations locales. De nombreuses familles n’ont pas eu le temps de sauver leurs biens, perdant en quelques heures leur logement et leurs moyens de subsistance.
L’ampleur exacte de la population touchée reste difficile à établir. Makoko ne dispose d’aucun recensement officiel : les ONG estiment sa population à environ 80 000 habitants, tandis que les leaders communautaires avancent un chiffre bien plus élevé, supérieur à 300 000 personnes.
Quartier historique et symbole de la pauvreté urbaine à Lagos, Makoko est régulièrement ciblé par des projets de rénovation urbaine dans une métropole en pleine expansion. Les autorités de l’État de Lagos justifient les démolitions par la nécessité de supprimer des constructions illégales et d’améliorer la sécurité et l’aménagement du littoral.
De leur côté, les organisations de défense des droits humains et les habitants dénoncent une opération visant à libérer des espaces stratégiques pour des projets immobiliers, au détriment de populations vulnérables. Elles appellent à un arrêt immédiat des démolitions et à la mise en place de solutions durables de relogement et de dialogue avec les communautés affectées.
Alors que les critiques s’intensifient, Makoko apparaît aujourd’hui comme le symbole d’un conflit persistant entre développement urbain et droits humains, dans l’une des villes les plus peuplées d’Afrique.




