Le gouvernement soudanais a vivement condamné la déclaration conjointe publiée à l’issue d’une rencontre entre l’Union africaine (UA) et les Émirats arabes unis (EAU), estimant qu’elle remet sérieusement en question la neutralité de l’organisation panafricaine dans le traitement du conflit soudanais. Dans un communiqué, le ministère soudanais des Affaires étrangères a dénoncé une initiative jugée « surprenante » et « dépourvue d’objectivité », pointant une collaboration menée en dehors des cadres institutionnels de l’UA avec un État non membre.
Au cœur de la polémique figure la réunion tenue le 6 janvier à Addis-Abeba entre le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, et le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères, Chakhbout ben Nahyane al-Nahyane. Plusieurs dossiers régionaux ont été abordés au cours de cet échange, dont la guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023. À l’issue de la rencontre, les deux parties ont endossé l’idée d’une trêve humanitaire immédiate et inconditionnelle, d’un cessez-le-feu permanent ainsi que de la mise en place d’un gouvernement civil indépendant.
Pour Khartoum, cette prise de position pose un problème de fond. Les autorités soudanaises reprochent à l’Union africaine d’avoir associé à sa démarche un pays qu’elles accusent ouvertement de jouer un rôle actif dans le conflit. Le ministère des Affaires étrangères affirme en effet que les Émirats arabes unis financent les Forces de soutien rapide (FSR) et leur fournissent des armes, des accusations qu’Abou Dhabi rejette catégoriquement.
Dans son communiqué, la diplomatie soudanaise estime que cette initiative « contredit le principe fondamental des solutions africaines aux problèmes africains », principe régulièrement mis en avant par l’Union africaine elle-même. Le Soudan considère qu’en s’engageant dans une déclaration conjointe avec un acteur extérieur au continent, et en dehors des mécanismes décisionnels officiels de l’organisation, l’UA fragilise sa crédibilité et son rôle de médiateur impartial.
Autre point de crispation : la déclaration UA–EAU irait à l’encontre de la proposition soudanaise de règlement du conflit, présentée par Khartoum à la fin du mois de décembre. Cette feuille de route, rappelle le gouvernement, avait pourtant reçu le soutien explicite de l’Union africaine. Pour les autorités soudanaises, l’attitude actuelle de la Commission de l’UA apparaît donc incohérente et difficilement compréhensible.
Depuis plusieurs mois, le Soudan affirme détenir des preuves de l’implication directe des Émirats arabes unis dans le soutien aux FSR, notamment à travers des circuits de financement et des livraisons d’armes. Ces accusations alimentent les tensions diplomatiques entre Khartoum et Abou Dhabi, tandis que le conflit continue de provoquer une catastrophe humanitaire majeure, avec des millions de déplacés et un accès extrêmement limité à l’aide.
Dans ce contexte, la sortie du ministère soudanais des Affaires étrangères met en lumière les profondes divergences qui entourent les initiatives de médiation et les efforts de sortie de crise. Elle souligne également les difficultés de l’Union africaine à maintenir une position consensuelle et perçue comme neutre, alors que les rivalités régionales et les soupçons d’ingérences étrangères pèsent lourdement sur le dossier soudanais.




