Une équipe archéologique française opérant sur le site emblématique de Tell Sân el-Hagar, dans le gouvernorat de Charqiya, a révélé une découverte exceptionnelle au cœur d’une tombe royale de la XXIIᵉ dynastie. Dirigée par l’égyptologue Frédéric Payraudeau, de l’Université de la Sorbonne, la mission a mis au jour un ensemble remarquable de 225 statuettes funéraires (oushebtis) appartenant au roi Sheshonq III, l’un des souverains les plus influents de la dynastie libyenne.
Cette trouvaille a été réalisée lors du nettoyage archéologique du sol de la chambre nord de la tombe du roi Osorkon II, un monument majeur de l’ancienne capitale tanite. Les statuettes, découvertes dans leur position originelle, étaient enfouies sous d’épais dépôts de limon, tout près d’un sarcophage en granite révélé antérieurement, mais resté sans attribution formelle.
Selon un communiqué du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités publié jeudi, cette découverte constitue une avancée scientifique d’une ampleur inédite. « C’est la découverte la plus significative dans les tombes royales de Tanis depuis 1946 », a déclaré Mohamed Ismaïl Khaled, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités, lors de sa visite du chantier. Il estime que la présence des oushebtis à proximité du sarcophage pourrait indiquer que ce dernier appartient au roi Sheshonq III, ouvrant la voie à des recherches approfondies sur les pratiques funéraires royales de la Troisième Période Intermédiaire.
L’hypothèse soulève également de nouvelles questions : Sheshonq III aurait-il été inhumé au sein même de la tombe d’Osorkon II, ou ses objets funéraires y auraient-ils été transférés ultérieurement pour les protéger du pillage ? La réponse pourrait redéfinir la compréhension des usages funéraires et des dynamiques politiques au sein des pharaons libyens.
Tanis, dont les tombes royales avaient acquis une renommée mondiale en 1939 grâce à la découverte d’une collection exceptionnelle aujourd’hui exposée au Musée égyptien de Tahrir, continue ainsi de livrer ses mystères. Le communiqué souligne que le site recèle encore de nombreux secrets, justifiant la poursuite des fouilles et des efforts de restauration.
Cette découverte intervient dans le cadre de la phase préparatoire d’un projet global visant à protéger la tombe royale : installation d’un abri moderne, réduction de la salinité et nettoyage des structures architecturales internes et externes.
Pour Frédéric Payraudeau, les prochains mois seront décisifs : « Nous allons mener des études détaillées sur les inscriptions nouvellement découvertes dans la chambre nord. Beaucoup de questions demeurent, notamment sur les conditions d’inhumation de Sheshonq III. Le travail est loin d’être terminé », a-t-il confié.
Présente à Tanis depuis 1929, la mission archéologique française poursuit un partenariat de longue date avec le Conseil Suprême des Antiquités afin de préserver et de documenter ce site royal majeur, témoin précieux de l’histoire du delta du Nil.



