La Haute Autorité de la Communication du Mali (HAC) a annoncé, vendredi, le retrait immédiat des chaînes françaises LCI et TF1 de l’ensemble des bouquets de diffusion opérant dans le pays. La décision, rendue publique à travers un communiqué officiel, fait suite à une délibération du Collège des membres de l’institution en date du 12 novembre 2025.
Selon le document consulté par Trace Infos, la mesure devra être appliquée « dès réception officielle de la notification » par les distributeurs, conformément à l’article 41 du Décret n°2016-0715/P-RM qui impose la suspension immédiate d’un service étranger sur injonction de la HAC.
Des accusations d’« apologie du terrorisme » et de « diffusion de fausses nouvelles »
La HAC reproche aux deux chaînes françaises de graves entorses à l’éthique et à la déontologie journalistique, mais aussi de « violations manifestes » des textes régissant les médias au Mali. Les griefs portent spécifiquement sur l’émission Grand dossier de LCI, diffusée le 9 novembre 2025, puis reprise sur la plateforme web de TF1 sous les titres : « Mali, les Djihadistes aux portes de Bamako » et « Mali, le nouveau fief d’Al-Qaida ».
Pour le régulateur malien, ces contenus relèvent de « l’apologie du terrorisme », de la « diffamation » à l’endroit des autorités nationales, de « l’incitation à la déstabilisation » ainsi que de la « diffusion de fausses nouvelles ». L’Autorité estime que le traitement éditorial adopté par les médias incriminés porte atteinte à la sécurité nationale et véhicule une image déformée de la situation sécuritaire du pays.
Une nouvelle étape d’une série de sanctions contre les médias français
Le retrait de LCI et TF1 s’inscrit dans une dynamique plus large de fermeté adoptée par Bamako envers plusieurs médias occidentaux, particulièrement français, au cours des dernières années.
En avril 2022, la HAC avait déjà retiré définitivement l’autorisation d’établissement et d’exploitation de Radio France Internationale (RFI) et de France 24 après des accusations portant sur des exactions présumées attribuées à l’armée malienne.
En février 2024, France 2 avait été à son tour suspendue pour « des manquements graves à l’éthique et à la déontologie journalistique ainsi qu’une apologie du terrorisme ».
Quelques mois plus tard, en août 2024, LCI avait déjà été suspendue pour deux mois à la suite de « fausses accusations » portées par un consultant contre les forces armées maliennes et leurs partenaires russes.
Plus récemment, le 13 mai 2025, TV5 Monde avait été retirée des bouquets des distributeurs autorisés, la HAC reprochant à la chaîne un manque d’impartialité dans la couverture d’une manifestation politique tenue à Bamako. Cette mesure avait porté à cinq le nombre de médias français sanctionnés dans le pays.
Un climat médiatique sous haute tension
Avec cette nouvelle décision visant LCI et TF1, la HAC confirme la vigilance renforcée qu’elle exerce sur les contenus étrangers jugés susceptibles de porter atteinte à la stabilité du Mali. Les opérateurs de diffusion sont désormais tenus d’exécuter sans délai la mesure de retrait.
Si les autorités maliennes justifient ces sanctions par la nécessité de protéger l’espace médiatique national contre les « ingérences », ces décisions continuent de susciter des questionnements au sein des organisations internationales de défense de la liberté de la presse, qui évoquent régulièrement un rétrécissement de l’espace d’expression au Mali.
Pour l’heure, aucune réaction officielle des groupes TF1 et LCI n’a encore été rendue publique.



