Riche en ressources naturelles mais pauvre en développement humain, le Tchad demeure prisonnier d’un paradoxe qui freine son émergence. Malgré un potentiel économique considérable pétrole, or, terres agricoles, le pays peine à traduire ses atouts en progrès concret. Les obstacles sont connus : gouvernance défaillante, chômage massif des jeunes, corruption persistante et absence de renouvellement générationnel.
Des blocages structurels enracinés
Au cœur du problème tchadien, la mauvaise gouvernance et la concentration du pouvoir continuent de gangrener l’administration. La pratique du cumul de fonctions est devenue presque institutionnalisée : un seul cadre peut cumuler plusieurs responsabilités, au détriment de l’efficacité publique et de l’accès des jeunes aux postes décisionnels.
À cela s’ajoute un chômage endémique des jeunes diplômés, souvent livrés à eux-mêmes dans un marché de l’emploi quasi saturé. « Les politiques d’insertion sont trop faibles pour absorber la vague de jeunes qui arrivent chaque année ».
Autre frein : le népotisme et le clientélisme. Les nominations par affinité continuent d’étouffer la méritocratie, laissant des postes clés entre les mains de personnes parfois peu qualifiées. Ce système, jugé archaïque par de nombreux observateurs, empêche la modernisation de l’État et entretient la défiance citoyenne.
Enfin, l’absence de renouvellement générationnel reste criante. Certains cadres, pourtant à l’âge de la retraite, conservent leurs postes depuis des décennies. Résultat : le pays s’enlise dans une gouvernance vieillissante, déconnectée des réalités et des aspirations de la jeunesse.
Des conséquences multiples sur le développement
Ces dysfonctionnements cumulés ont un impact direct sur le développement national :
- Des institutions fragilisées, souvent incapables de répondre efficacement aux attentes de la population ;
- Une croissance économique ralentie, malgré les ressources disponibles ;
- Une fuite des cerveaux vers des horizons plus prometteurs ;
- Une perte de confiance entre le peuple et ses dirigeants ;
- Et surtout, une pauvreté persistante, aggravée par des inégalités sociales croissantes.
Une jeunesse en quête de changement
Pour de nombreux analystes, la clé du renouveau tchadien se trouve entre les mains de la jeunesse. Avec plus de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans, le Tchad dispose d’un vivier de talents capable de transformer durablement le pays. Encore faut-il que cette génération trouve sa place dans les sphères décisionnelles.
« Le Tchad ne pourra se développer que si l’on confie des responsabilités aux jeunes, sur la base du mérite et de la compétence ».
Des pistes de solutions concrètes
Parmi les réformes proposées figurent :
- Une réforme de la gouvernance publique avec la limitation des cumuls de fonctions et la mise en place de concours transparents pour les postes de l’administration ;
- Un renforcement de la lutte contre la corruption, assorti de protections juridiques pour les membres des organes de contrôle ;
- Des politiques actives d’emploi des jeunes, incluant des financements pour les projets innovants et des incitations fiscales pour les entreprises locales ;
- Une valorisation du secteur privé, afin de faciliter la création d’entreprises et encourager les partenariats public-privé ;
- Et la création d’un observatoire national du développement et de l’emploi, impliquant la société civile dans le suivi des politiques publiques.
Un appel à la transformation
Pour sortir de ce cycle d’immobilisme, le Tchad doit repenser ses priorités et réinventer sa gouvernance. Les réformes institutionnelles doivent aller de pair avec un changement profond des mentalités. L’État doit donner l’exemple d’une gestion rigoureuse, transparente et ouverte à la relève.
La jeunesse, si elle est encadrée et valorisée, peut devenir le moteur d’un Tchad nouveau, plus juste, plus innovant et plus prospère. C’est à ce prix que le pays pourra enfin amorcer son décollage économique.
Par: SOBKIKA Bienvenu, politologue et Stratège moderne




